22 mars 2009
Wes Anderson : ma vie en Technicolor
Pour continuer le décalogue de mes réalisateurs cultes, restons dans le monde anglo-saxon, mais suivons le Titanic sur quelques encablures. Non, je ne vais pas vous parler de James Cameron, même si ce dernier a tout mon respect. Je veux juste vous emmenez voir le côté obscur du rêve américain à travers les fresques hautes en couleurs de Wes Anderson, le Texan aux tribus frappadingues.
Wes a dû souffrir d’un grave traumatisme dans son jeune âge, parce ce que même s’il affirme « I want to try not to repeat myself », il peint avec un nuancier à chaque fois différent une éternelle famille déchirée. Pour reprendre les termes d’un site culturel, « les cinq films d’Anderson font s’entrechoquer des personnages jamais identiques mais toujours proches » 1. Et franchement, quand on connaît les membres de cette famille, comment se retenir de feuilleter l’album ?!
Tout commence il y a 15 ans, avec une petite bouteille qui fait l’effet d’une bombe. A l’époque, Wes connaît déjà depuis la fac les Wilson Bros. et coécrit (tout comme les 3 films suivants) avec le cadet, Owen, un court qu'il baptise Bottle Rocket, lançant pour la première fois Owen et Luke Wilson devant la caméra. L'expérience semble réussie, puisque deux ans plus tard, en 1996, Bottle Rocket prend la forme d'un long métrage et apporte à un public encore réduit une patte prometteuse. A tel point que Martin Scorsese lui-même en fait l'éloge.
La machine est déjà lancée : tous les 2 ou 3 ans, Wes Anderson sortira un nouveau film doux-amer, où évolueront à tour de rôle, comme dans un théâtre de marionnettes, ses acteurs fétiches : Luke Wilson, Bill Murray, Jason Schwartzman ou encore Anjelica Huston, pour ne citer que les têtes d'affiche.
En 1998, Wes Anderson lance le génial Jason Schwartzman (neveu de F.F. Coppola) dans Rushmore, un film sur l'espèce de génie incompris qu'on a tous connu au lycée. Max, puisque c'est son nom, anime une bonne douzaine de clubs (du ball-trap à l'apiculture, c'est authentique) et écrit des pièces aux décors vertigineux, tout en délaissant les sacro-saintes matières principales de sa non moins sacro-sainte école privée pour gosses de riches. C'est dans cette école, Rushmore, qu'il rencontre M. Désabusé (Herman Blume, joué par Bill Murray bien sûr) et la fascinante enseignante Rosemary Cross (Olivia Williams). Le « style Anderson » naît véritablement avec Rushmore : personnages présentés en scrapbooking, bandes-son branchées sur la radio du pop-rock des années 60, situation tragicomiques. Un style finalement évident lorsque l'on voit les films, mais assez difficile à décrire sans en atténuer les qualités.
En 2001, on prend (presque) les mêmes et on recommence sans se mettre de frein. C'est La famille Tenenbaum (The Royal Tenenbaums) qui fait connaître Wes Anderson chez nous, et qui nous balance dans la figure cette Amérique que l'on n'aurait jamais imaginée. Prenez trois enfants prodigues, laissez passer 22 ans, puis renvoyez-les chez Papa-Maman. Observez ensuite pendant 109 minutes : vous découvrirez « l’extrême inverse d’un Amélie Poulain à l’américaine. Un film faussement fermé plutôt que faussement ouvert, qui choisit de salir l'image trop claire plutôt que d'opter pour le nettoyage esthétique. » 2 Ben Stiller, Gwyneth Paltrow et Luke Wilson (sans parler de son frère Owen) sont bluffants dans le rôle des génies sur le retour, et Gene Hackman est d'une atrocité tout simplement fabuleuse. Ajoutez à ça les couleurs acidulées propres à Wes Anderson et le Hey Jude ultravitaminé qui berce le film, et vous comprendrez que La famille Tenenbaum est, des cinq films de Wes Anderson, mon préféré.
Du cynisme, Wes Anderson passe en 2003 au surréalisme, avec La vie aquatique (The Life Aquatic with Steve Zissou en version originale). Un peu trop onirique pour moi, j'avoue, d'autant que la présence des acteurs-phares d'Anderson commence à faire naufrager les papillons de ma patience. Je ne vais donc pas me fouler pour écrire deux lignes sur le film, et je vous colle d'aillers le synopsis que propose Wikipedia : « En ultime croisade vers sa destinée, l'océanographe sur le déclin Steve Zissou part à la recherche du mystérieux requin-jaguar qui a tué son vieux complice. À bord du Belafonte cohabitent ainsi sa femme, une journaliste anglaise enceinte, un équipage cosmopolite et un fils prodigue putatif... » 3 Avis aux amateurs ! Il y a quand même un détail craquant dans le film : « [en grand] nostalgique du glamrock et des icônes dépressives, le réalisateur Wes Anderson a l'idée lumineuse de faire appel au brésilien Seu Jorge pour reprendre les standards de David Bowie en bossa nova. » 4 Dans le rôle du marin Pelé dos Santos, Seu Jorge a la bonne idée de n'ouvrir la bouche que pour donner à Bowie un reflet inattendu. Mention spéciale aussi pour Sigur Rós et son Staralfur qui tombait à pic pour accompagner une plongée à vingt mille lieux sous les hommes.
A ma connaissance, la filmo de Wes Anderson s'arrête à ce jour avec A bord du Darjeeling Limited (The Darjeeling Limited). Rien de bien nouveau sous le soleil indien, puisque, pour reprendre les mots de Thomas Sotinel (Le Monde), l'on peut dire qu'« au fil des kilomètres, le voyage se transforme en longue session de thérapie familiale. » Et l'« on devine que le réalisateur a compté sur l'Inde, sur sa culture, son art, sa langue, pour jeter une nouvelle lumière sur les affres oedipiennes d'une famille new-yorkaise. Peut-être parce que cette réalité indienne est trop forte, même passée au filtre d'un scénario inventif, l'effet est exactement inverse : les personnages ne sont plus touchants, mais irritants, les situations ne sont plus joyeusement délirantes, mais tristement absurdes. » 5 Reste que, irritants ou touchants, les personnages d'Anderson traînent avec eux un lourd bagage (monogrammé ou non) qui fait ressentir au spectateur une compassion teintée d'une profonde tendresse. Et ça, c'est pas rien.
Et puis pour terminer sur une ultime note colorée, une bonne nouvelle ! Pour son prochain périple sur pellicule, Wes Anderson va « s'associer » à son alter-ego littéraire, le génial et grinçant Roald Dahl pour Fantastic Mister Fox (The Fantastic Mister Fox). Un film d'animation adapté d'un roman de l'un de mes auteurs fétiches, où George Clooney, Cate Blanchett, Bill Murray, Jason Schwartzman ou encore Anjelica Huston viendront donner de la voix... et Jarvis Cocker du rythme. Un joli cadeau de Noël pour 2009 !
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Filmographie de Wes Anderson :
1996 : Bottle Rocket
1998 : Rushmore
2001 : The Royal Tenebaums
2003 : The Life Aquatic With Steve Zissou
2007 : The Darjeeling Limited
2009 : The Fantastic Mister Fox
Sources :
1/ Evene
2/ Les Cahiers du Cinéma (cf. lien ci-dessus)
3/ Wikipedia
4/ Film de culte
5/ Le Monde
16:11 Publié dans Tout ça, c'est du cinéma ! | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : wes anderson, rushmore, tenenbaum, la vie aquatique, darjeeling limited, wilson







