06 avril 2008
La méthode Coe
Je me souviens assez bien de la première fois que j’ai entendu le nom de Jonathan Coe. C’était en 2003. Bienvenue au club venait alors de sortir chez Gallimard, et la critique entendue à la radio était enthousiaste. Je ne me rappelle plus du bouquin que je venais de finir à l’époque (peut-être Trinité de Leon Uris), mais en tout cas, je n’ai pas mis de temps à trouver puis dévorer le contenu du Rotters’ Club (son titre original).
Imaginez la vie d’une bande de jeunes Anglais de 15 ans dans le Birmingham des années 70, et vous aurez la moelle du roman. Et Jonathan Coe est fort, très fort. Tout d’abord, il écrit bien : ses personnages prennent véritablement vie grâce à des petits cailloux vintage, discrets mais omniprésents, que l’auteur sème judicieusement à travers son récit (Beefheart et tant d’autres dans NME, références en pagaille à l’univers de Tolkien…). Ensuite, Coe intègre parfaitement ses histoires individuelles et anecdotiques dans l’histoire ô combien mouvementée de l’époque : thatchérisme sur les rails, syndicalisme, menaces de l’IRA… Enfin, et c’est très certainement ce qui, conjugué au reste, fait de Jonathan Coe un auteur si remarquable, il manie les mots et la typographie comme peu osent le faire, faisant de son roman une sorte de texte mouvant. Vivant, encore une fois. Pour preuve, le dernier chapitre de Bienvenue au club, a une majuscule au début et un seul point, cinquante pages plus loin… Comme le dit très bien le quatrième de couverture, « dans ce roman foisonnant […] Jonathan Coe renoue avec la veine de Testament à l’anglaise, usant de tous les styles, entremêlant en virtuose récits et personnages, tirant d’une main experte tous les fils du destin, pour nous offrir à la fois une chronique adolescente tendre et drôle, un roman d’apprentissage nostalgique, et le tableau ample, grave et lucide d’un pays en pleine mutation. »
J’ai lu plus tard ledit Testament à l’anglaise (pavé qui a reçu le prix du Meilleur livre étranger en 1996), et j’y ai retrouvé ce qui m’avait plu dans Bienvenue au club : la finesse, la précision des faits historiques, et la critique acerbe d’une société en pleine déliquescence. Pour citer Caroline « Testament à l'anglaise est un jeu de massacre jubilatoire, [où la saga familiale sert] de prétexte à une évocation des déviances des classes dirigeantes britanniques. Avec un humour ravageur, Jonathan Coe mène une charge féroce contre les années Thatcher. Tout le monde en prend pour son grade : le lobby militaro-industriel, les médias, les hommes politiques, le capitalisme à outrance, le milieu hospitalier anglais (dont le délabrement implique des conséquences mortelles qui font froid dans le dos). Acerbe, cruel, magistral, grinçant, drôle, palpitant, les qualificatifs ne manquent pas pour définir Testament à l'anglaise. Critique socialo-politique mâtinée de polar, cet ouvrage se lit d'une traite. Le style est clair et l'intrigue très bien construite, les pièces du puzzle s'emboîtant progressivement jusqu'au rebondissement final. »
Il y a quelques jours, j’ai terminé Le Cercle fermé, qui conclue Bienvenue au club, vingt ans plus tard. La griffe de Jonathan Coe m’a encore convaincue. J’ai retrouvé avec plaisir sa peinture au vitriol des pourris qui font le monde, mais aussi la richesse de son monde scriptural. Morceau choisi (tirade de Munir, le gentil voisin pakistanais), où l’Angleterre n’est pas la seule à s'en prendre plein la figure : « Voilà ce que c’est, l’Amérique d’aujourd’hui. Un pays de dégénérés ! Pas étonnant que le reste du monde se soit mis à les mépriser ! Quelle… quelle probité attendre d’un pays qui se conduit ainsi ? Un pays qui professe une chose et qui fait le contraire - aux yeux de tous ! Qui prêche la religion et la morale, mais dont les femmes se comportent comme des putains. Qui oblige les autres pays à désarmer, mais qui dépense tout son argent à constituer le plus terrible arsenal d’armes nucléaires et conventionnelles au monde. Qui crache au visage des musulmans et qui piétine le Proche-Orient dans sa soif insatiable de pétrole pour ses bagnoles, mais qui s’étonne qu’un Oussama Ben Laden puisse exister et croire ce qu’il croit. Et c’est à ça… à ça que notre Premier ministre nous demande de faire allégeance. A une nation de cow-boys et de call-girls ! »
Ce diptyque est d’une puissance rare, et laisse en bouche un goût d’angoisse et de révolte. Dénonçant avec autant de fureur l’Angleterre blairiste que celle de Thatcher, Jonathan Coe ferme avec son Cercle une parenthèse doucereuse, et se fait le miroir d’un pays et d’une époque tout entière, où il n’y aurait pas d’autre choix qu’entre compromissions et immobilisme.
Une interview très bien de l'auteur ici ...
22:51 Publié dans LiT & rAtUrEs | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : jonathan coe, bienvenue au club, le cercle fermé, testament à l'anglaise, grande-bretagne, birmingham, thatcher
11 décembre 2007
Foot Manchu











17:20 Publié dans LiT & rAtUrEs | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : So Foot, Maradona, Fenioux
08 juin 2007
Livres et bataille !
Monsieur CUI me donne une bonne idée pour mettre ce site à jour...
D'ailleurs, dans ce domaine, quelques MAJ aussi par ici !
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4 livres de mon enfance (< 10 ans)
* Matilda, de Roald Dahl
* Oliver Twist, de Charles Dickens
* Les Contes de(s) Grimm (une version française énorme et odorante, recouverte de papier kraft)
* Mon bel oranger, de José Mauro de Vasconcelos
* La belle lisse poire du prince de Motordu, de Pef
* Les sorcières sont NRV, de Yak Rivais
* Les quatre filles du Dr. March, de Louisa May Alcott
* Le club des 5, d’Enid Blyton
[NDLR : je n’ai appris à compter qu’à l’âge de 11 ans]
4 livres de mon adolescence / lycée (10-18 ans)
* La cantatrice chauve, d’Eugène Ionesco
* Les raisins de la colère, de John Steinbeck
* Exercices de style, de Raymond Queneau
* Le vol des cigognes, de Jean-Christophe Grangé
4 livres de ma vie étudiante (…)
* Le loup des steppes, de Hermann Hesse
* L'écume des jours, de Boris Vian
* Eureka Street, de Robert McLiam Wilson
* La " saga Malaussène ", de Daniel Pennac
4 livres récemment lu que j’ai adorés
* Lent dehors, de Philippe Djian
* Une vie française, de Jean-Paul Dubois
* Bienvenue au club, de Jonathan Coe
* La compagnie des spectres, de Lydie Salvayre
4 livres que j’ai commencé à lire sans jamais réussir à les terminer
* Racines, de Alex Haley (il faudrait, pourtant)
* Voyage au bout de la nuit, de Louis-Ferdinand Céline
* Du côté de chez Swann, de Marcel Proust
* 1984, de George Orwell
4 (collections de) BD que j’adore
* Astérix, de Goscinny et Uderzo (surtout ceux avec des images)
* Les idées noires, de Franquin
* Calvin et Hobbes, de Bill Watterson
* Rubrique à brac, de Gotlib
4 écrivains que je relirai, encore & encore
* Pierre Desproges
* Paul Eluard
* Daniel Pennac
* Roald Dahl
4 auteurs que je ne (re)lirai probablement jamais
* Honoré de Balzac
* Fred Vargas
* Jean-Christophe Rufin
* Loana
4 premières oeuvres de ma liste à lire
* Walden, ou la vie dans les bois, de Henry-David Thoreau
* D’un exquis désespoir, d’Etienne Rives
* Le retour à la terre, de Manu Larcenet
* Mon mémoire
4 livres que j’emporterais sur une île déserte
* Robinson Crusoë, de Daniel Defoe
* L’odyssée, d’Homère
* Copain des bois, de Renée Kayser et Pierre Ballouhey
* L’éducation sentimentale, de Gustave Flaubert (pour allumer le feu de camp)
Les derniers mots d’un de mes livres préférés
" LawrenceJohn
Wargrave. "
15:20 Publié dans LiT & rAtUrEs | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : commeuneimage, CUI, livres
18 avril 2006
Der Steppenwolf
"Celui qui a subi les mauvais jours, avec les crises de goutte ou ces affreuses migraines qui s'agrippent derrière les prunelles et changent diaboliquement de joie en torture toute activité de l'œil et de l'oreille ; celui qui a vécu des jours infernaux, de mort dans l'âme, de désespoir et de vide intérieur, où, sur la terre ravagée et sucée par des compagnies financières, la soi-disant civilisation, avec son scintillement vulgaire et truqué, nous ricane à chaque pas au visage comme un vomitif, concentré et parvenu au sommet de l'abomination dans notre propre moi pourri, celui-là est fort satisfait des jours normaux, des jours couci-couça comme cet aujourd'hui ; avec gratitude, il se chauffe au coin du feu ; avec gratitude, il constate en lisant le journal qu'aujourd'hui encore aucune guerre n'a éclaté, aucune nouvelle dictature n'a été proclamée, aucune saleté particulièrement abjecte découverte dans la politique ou les affaires ; avec gratitude, il accorde sa lyre rouillée pour le psaume de louanges modéré, médiocrement gai, presque content, avec lequel il ennuiera son dieu des couci-couça, doux, tranquille, un peu engourdi de bromure ; et, dans l'air épais et fadasse de cet ennui satisfait, de cette absence de douleur dont il convient d'être grandement reconnaissant, tous les deux, le dieu couci-couça, qui branle de son chef morne, et l'homme couci-couça, un peu grisonnant, qui chante un psaume assourdi, se ressemblent comme des jumeaux."
Hermann Hesse, Der Steppenwolf
21:50 Publié dans LiT & rAtUrEs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
14 avril 2006
Ruines et désolation (#1)
Après une longue absence à peine remarquée, retour de la critique la plus impitoyable de la planète. Le monde étant proche du rose-bonbon, Amélie aime à se dépayser en lisant ou visionnant des petites choses traitant de trucs moins cools.
Première partie : évoquons les supports écrits. L'attentat (par Yasmina Khadra), La rage au coeur (Ingrid Betancourt), Tanguy (Michel del Castillo) et Les cendres d'Angela (Frank McCourt). A savoir la Palestine qui pisse le sang, la Colombie de la corruption, les camps de concentrations de France et de Navarre (allemande) et la misère de Limerick.

L'attentat est un livre au sujet relativement original (je n'en dis pas plus), mais certainement bien plus "choquant" ailleurs, dans d'autres contrées que les nôtres. De son vrai nom, Yasmina Khadra s'appelle Mohammed Moulessehoul. Joli symbole, de la part de ce type qui semble avoir de l'humanisme à revendre. Et puis bon, j'aimerais maîtriser l'Arabe comme l'auteur se débrouille du Français… Ca serait un bon début pour réaliser le rêve qui me tient à cœur depuis toujours : devenir muezzin à Marignane.

La rage au cœur se lit vite. Mais ne s'oublie pas si facilement. Ingrid Betancourt a incontestablement une jolie plume. Et beaucoup de charme, ça se sent même à travers des pages imprimées. Elle me fait d'ailleurs penser à une Ségolène sud-américaine. Evidemment, ça fait fashion victim de lire ce genre de bouquin, mais avec un tant soit peu de recul (surtout, ne pas se laisser berner par le gauchisme insidieux de la dame), c'est vraiment la bonne solution pour comprendre pourquoi la Colombie en est arrivée à ce qu'elle est aujourd'hui. A savoir un pays à feu et à cendres.
Plus que la colère,
Plus que le mépris,
Plus que le sanglot…,
nous dit Pablo Neruda.

Tanguy n'est pas vraiment un chef d'œuvre dans sa forme. Le style n'est pas formidable. Lire une édition de 1970 (vous savez, celles qui ont des pages à tranche colorée, et qui puent le vieux) n'aide pas. Mais la question du fond est une autre chose. Je n'aime pas les enfants et j'apprécie les Allemands, et pourtant, ça m'a beaucoup touché. Del Castillo écrit avec des mots d'enfant toute l'horreur de la guerre et de la connerie humaine. L'histoire d'un môme qui a connu avant l'âge de 12 ans l'exil, l'internement, la déportation, les travaux forcés et la maison de redressement. Ca fait froid dans le dos. Parce que c'est pas si loin, dans tous les sens du terme.

Ces Cendres-ci sont glaciales. Si l'espace-temps pouvait se contracter, Tanguy et Frank auraient certainement été potes.
Protestants et irlandophobes (et Protestants irlandophobes), passez votre paragraphe. Oui, je kiffe l'Irlande, ses taudis, ses famines, ses cathos. On dirait que ce bouquin a été écrit pour moi. Imagine all the people… euh, pardon… Imaginez le Darfour, mais sans soleil : vous y êtes. Limerick. République d'Irlande. Années 1930-40. Ce résumé suffit.
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14 février 2006
Derniers bouquins
L'Ecume des jours ou "mon retour à la lecture". C'est top glauque, comme bouquin. Vian, on dirait Ionesco, mais en pas drôle. Heureusement, pour compenser, j'avais le Xenophobe's Guide to the French. Merci Lisou, c'est vraiment fin et amusant. Et si vrai !
Prochain billet pour le compte-rendu de L'Attentat, de Yasmina Khadra.
14:16 Publié dans LiT & rAtUrEs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




