08 mai 2008
Damoniaque
SONGS TOO
Mélangez les années 90, un leader assez charismatique, des refrains entraînants, des clips qui fustigent gentiment la société (« Parklife » qui prouve que la Modern Life Is Rubbish…) et des textes sympas mais pas transcendants non plus. Vous pourriez obtenir Oasis, The Verve, Suede, Pulp, Elastica, mais c’est de Blur, versant un tantinet aristo de la brit pop, dont je vous parle.
Blur, ce sont 4 gars du sud-est de l’Angleterre, ou plus exactement, comme le suggère la photo, un mec et ses 3 musiciens (Graham Coxon, Alex James et Dave Rowntree). « Je passais pour un sale môme agité, et Blur pour une bande de fêtards sans avenir »1 avoue Damon Albarn, pour ne pas dire qu’il tyrannisait son groupe et avait déjà fait, à 20 ans et quelques, l’expérience de ce que la société du spectacle a de plus corrupteur. Naviguant de succès en succès et surfant quand même un peu sur la vague de la guéguerre avec les frangins mancuniens, le groupe pond des hits et des chansons souvent quelconques sans se lasser.
Puis le tournant survint. Avec ses deux derniers albums, Blur s’éloigne de sa pop sucrée et lorgne plus vers le lo-fi expérimental. La jaquette de l’avant dernier album, 13, dessinée par Graham Coxon, est comme un rappel du son parfois torturé de l’album, me faisant penser, avec des milliers de pincettes, à certaines créations de Radiohead période 2000-2001.
Et c’est sans Coxon, perdu dans sa peuf, que Blur conclue sa discographie et ses influences world music, avec Think Tank (tout un programme), « disque le plus groovy de la carrière du groupe, caractérisé par un éclectisme de rythmes, de textures et de mélodies ». 2 Bon, perso, j’adhère pas, et je préférais la pop tendance barbe à papa qui avait le mérite de pas trop se prendre la tête.
Pour les fans, et au grand désespoir de ma coloc Clémence, il est peu probable que Blur se reforme, et ça ne serait d’ailleurs pas très raisonnable.
J’en termine avec ce groupe sur ces belles paroles de l’ami Albarn datées de 2006, qui m’assurent une transition potable : « tout ce qui m'intéressait, avec mon groupe Blur, c'était l'énergie du moment, la fougue. Mon vocabulaire musical était très limité. Maintenant que je dispose de tous ces atouts, j'ai envie d'en jouir pleinement. »
2-D OR NOT 2-D ?
Les atouts, le mec a commencé à les abattre dans les bacs en 2001, avec modestie, planqué derrière 4 petits bonshommes survitaminés. Je me souviens avec précision de ce moment.
J’étais au lycée, et mes derniers CD de Blur tournaient en boucle dans le foyer du bahut (principalement Blur, parce que 13 laissaient les gens nettement plus sceptiques). Mélanie, la skateuse locale, est arrivée, un CD à la main, en disant : « ça vient de sortir, je l’ai acheté parce que la pochette est trop chouette ». Vous l’aurez deviné, il s’agissait de Gorillaz, le groupe et l’album. Le passage de flambeau s’est donc fait tout naturellement.
Je ne sais pas ce qui m’a séduite en premier, de l’univers graphique ou de l’air frais musical qu’apportait tout à coup Gorillaz. Les deux, sans doute, égales performances indissociables l’une de l’autre. Les personnages de fiction sont d’ailleurs une façon de dire que (cette fois ?) la création musicale est plus forte que le star-system : dépasser la contingence de l’enveloppe, en prouvant que c’est le contenu qui importe. Il n’empêche que les personnages en question auraient de quoi attraper la grosse tête en voyant la qualité des concerts en hologrammes ou du site Internet interactif de Gorillaz…
Quitte à briser un mythe, je tiens à dire ici aux gentils naïfs qu’il y a bien des vrais gens qui font tourner la machine : Albarn bien sûr au chant et aux claviers a inspiré l’énigmatique 2-D, Del tha Funkee Homosapien (de Deltron 3030 et Hieroglyphics) ressemble à Russel le batteur-percussionniste, Miho Hatori est la voix de Noodle et Jamie Hewlett joue le personnage sataniste de Murdoch Nicalls, le bassiste.
Jamie Hewlett est surtout celui sans qui Gorillaz ne serait qu’un groupe de fades humains et non cette « communauté de musiciens et d'amoureux de la musique, de l'image, du graphisme »1 : il a en effet créé les personnages, les a dotés de vies autonomes et les a même fait évoluer graphiquement du premier au second album.
En plus de ces « acteurs principaux », une multitude de stars viennent donner de la voix ou du rythme chez Gorillaz : Dan ‘The Automator’ Nakamura (Deltron 3030, Lovage, Handsome Boy Modeling School…), Kid Koala ou encore Ibrahim Ferrer sur « Latin Simone (Que pasa contigo) » sur le premier album ; De La soul, Ike Turner, Debbie Harry, Dennis Hopper, Madonna, Shaun Ryder, Martina Topley-Bird ou Simon Tong pour les lives du second opus, Demon Days, sorti en 2005. Et j’en oublie.
Et même si ce second disque promettait des lendemains qui chantent à Gorillaz, il semble que l’éphémère projet reparte comme il est venu, nous laissant peut-être un troisième-album-bande-originale-d’un-film (Bananaz) en consolation, et puis aussi le fait que « parce qu'il refuse de se singer, Damon Albarn est toujours en avance d'un projet. » 1 Et hop, une deuxième transition à l’œil !
ENGLAND, LONDON (IN BLACK AND WHITE) CALLING DAY
Je saute des étapes pour arriver plus vite à cette troisième formation qui m’intéresse beaucoup : The Good, the Bad and the Queen. En soi, elle ne sent pas trop le neuf : des clips en noir et blanc, le batteur Tony Allen déjà rencontré auparavant (j’en reparle plus loin), Simon Tong le guitariste de The Verve, qui avait déjà collaboré sur Gorillaz, et enfin Paul Simonon le bassiste des Clash ressorti de la naphtaline pour l’occasion. Il y a comme un air de London Calling en ces Damon Days.
Je ressens face à cet album un sentiment que j’éprouve rarement en écoutant un disque : il n’y a rien à jeter, probablement parce que les musiciens sont bons, les arrangements excellents (grâce à Danger Mouse, qui avait également produit Demon Days) et qu’on y sent le retour aux sources après trop d’années.
BAMAKO CITY DWELLER AND WORLD CITIZEN
Mais les projets de Damon Albarn ne se résument pas à ces trois « groupes ». En 2002, le gars avait ainsi étonné son petit monde en rapportant du Mali des dizaines d’heures de musique, qu’il avait transformées en un disque éclectique mélangeant instruments maliens et bidouillages londoniens, Mali music, fruit de son travail avec Toumani Diabaté, Afel Bocum, Ko Kan Ko Sata Doumbia ou encore Hama Sankare.
Mali music a été diffusé sous le label Honest Jon’s, fruit de la collaboration d’Albarn avec ses potes disquaires de Portobello Road (j’ai d’ailleurs hâte d’aller voir ce que donne l'Honest Jon’s Revue aux Nuits de Fourvière début juillet, avis aux intéressés). Un label sous lequel est également sorti… The Good, the Bad and the Queen, les créations de Tony Allen (batteur de Fela Kuti et "co-pionnier de l'afrobeat") ou Democrazy, projet « étrangement solo » d’Albarn, dont je ne vais pas parler et que nous allons nous empresser d’oublier !
Définitivement, rien ne sied mieux à Damon Albarn que la coopération en musique, même très brève. Il a ainsi écrit pour Marianne Faithfull (« Last Song »), Terry Hall de Fun Boy Three et The Specials (« Chasing A Rainbow »), Fat Boy Slim (« Put It Back Together ») et a également, à l’époque de Blur, chanté « To The End » avec Françoise Hardy (Brian Jones, sort de ce corps !).
L’éclectisme est aussi de mise, quand on sait que le sieur Albarn a même créé un opéra-pop… inspiré d’une légende chinoise – Monkey : Journey To The West – rassemblant plus de 70 artistes chinois sur scène (acrobates, chanteurs d’opéra, interprètes d’arts martiaux…) dans des décors conçus par Jamie Hewlett. Une sorte de petit cousin de Gorillaz, en somme.
Last but not least, en synthèse de tout ce qui a été cite avant, Damon Albarn est un original soundtracker de talent, avec un léger penchant pour les films un peu marginaux. Citons dans le désordre Ordinary Decent Criminal (composition d'une partie de la BO), 101 Reykjavik (un p’tit film islandais décalé fort amusant) avec Einar Orn Benediktsson, Ravenous (western gore, un délice…) et une petite apparition sur la bande son de Trainspotting (avec Blur pour « Sing » et tout seul, pour le rigolo « Closet Romantic »).
Endossant tous les rôles et changeant sans cesse de personnage (Dan Abnormal pour Blur ; 2-D, Murdoch et Noodle à la fois pour Gorillaz) à la façon de Bowie, Damon Albarn est un passionné touche à tout, qui réussit presque tout ce qu’il entreprend.
A suivre donc.
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1/ Source : un blog sympa sur Gorillaz.
2/ Source : Wikipédia.
Je m’en suis inspiré et je vous les conseille :
- 2 chroniques sur les derniers albums de Blur.
- Une interview de Damon Albarn au sujet de Gorillaz.
- Une galerie très fournie d’images sur Gorillaz.
- A propos de la formation de The Good, the Bad and the Queen.
- Sur Deltron 3030.
- Un blog musical nordiste touche à tout.
Et bien sûr, les sources officielles :
- sur Blur : site et Myspace.
- sur Gorillaz : site avec visite des studios Kong et Myspace.
- sur The Good, the Bad and the Queen : site très fourni et Myspace.
15:14 Publié dans Musicalement vôtre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : damon albarn, blur, gorillaz, the good the bad and the queen, honest jon's, mali music, éclectisme






Commentaires
Pour moi Blur c'etait Girls & Boys, puis ça a été Song 2, puis ça a été Think Tank. Tout l'album. Le grain de ce disque m'a toujours gratté les oreilles.
Après, il y a eu le 2e gorillaz, qui fut un tour de force.
Et finalement j'ai abandonné la piste Albarn, parce que c'est dur à suivre. Il n'empêche que c'est un grand de ce monde.
PS : the journey to the west, c'est le conte original qui a inspiré Dragon Ball.
Ecrit par : fred | 09 mai 2008
Pour moi Blur c'est essentiellement Parklife, en boucle (notamment Girls & Boys of course) et en bande son de GTA III puisque nous avions collé tout l'album dans le répertoire du jeu pour supplanter les radios pourraves ...
Sinon, si tu ne trouves pas de boulot dans ta branche, tu pourras toujours de rattraper à celles de la rock critic, non ? Bel article, si si !
Ecrit par : Wonder Flou | 10 mai 2008
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