« 2006-06 | Page d'accueil
| 2006-08 »
22 juillet 2006
Brokeback Mountain
Juste un petit mot, parce que je n'aime pas en dire trop sur les films que j'ai bien aimé. Brokeback Mountain est un très beau film d'Ang Lee, qui filme à mon sens mieux le Wyoming que les tigres et dragons chinois ou les Géants Verts. Brokeback Mountain est un film pour les filles (on s'en serait douté), non pas parce que c'est mièvre et plein de bons sentiments, mais parce qu'en général, quand la proximité physique entre deux hommes est due à autre chose qu'à la pratique d'un sport collectif ou de combat, les mecs disent eurk, se cachent les yeux et font semblant de rebagouler. Ce qui n'empêcherait pas ces mêmes mecs de pleurer devant le spectacle (je ne citerai pas de nom).
Voila. Mon (rare) public est averti.
Je n'en dit pas plus.
16:35 Publié dans Tout ça, c'est du cinéma ! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Cannibal Holocaust
Après avoir regardé Cannibal Holocaust, de Ruggero Deodato (1980), je me suis trouvée dans l'obligation de chercher sur Internet ce que pouvait bien signifier ce film. Plusieurs termes me venaient spontanément à l'esprit : gerbant, mauvais, inutile... Mais difficile d'avoir un avis tranché (et vous saver combien il est important pour moi d'avoir un avis tranché). Bref, j'ai visité CineBis.org, et j'en ai tiré cette critique, que je vous livre en intégralité (les commentaires niaiseux sont lisibles ici : http://www.cinebis.org/article.php3?id_article=12).
Ecrire une critique de Cannibal Holocaust est un exercice délicat. Comment parler d'un film aussi bizarre et multiforme, quoique certainement pas inclassable, vu qu'il appartient à une catégorie bien définie dans le temps et l'espace ? Comment en épuiser les aspects subtils et intelligents, en même temps que la vulgarité racoleuse et malsaine ? Bon, ben je vais faire ce que je pourrai, on verra bien...
Sur un générique qui nous montre un petit survol de forêts équatoriales agrémenté d'une incroyable musique romantico-sirupeuse, un message nous apprend que "par souci d'authenticité, le film est montré dans son intégralité" (ben voyons). On démarre à New York, où un journaliste nous parle de l'expédition montée par le reporter vedette Alan Yates, sa scripte/petite amie Faye et ses deux caméramen Marco et Jack pour aller filmer en Amazonie les derniers cannibales qui vivent encore à l'âge de pierre (tiens, ça lui fait quel âge, au fait ?) Bizarre bizarre, ils ne sont toujours pas revenus, et leur serait-il arrivé malheur ? (quelle angoisse... y'a bien le titre du film pour nous mettre sur la voie, remarquez...) Le professeur Monroe, anthropologue, est mandaté par la chaîne de télé et une université pour aller à leur recherche au fin fond de l'enfer vert, là où la main de l'homme n'a jamais mis le pied, tout ça tout ça.
Monroe arrive en pleine jungle dans un poste militaire avancé, où justement on vient de cribler de balles un petit groupe d'Indiens surpris en plein déjeuner (une main humaine figurait au menu). Il s'agit de Yacoumos, "de braves guerriers" nous dit-on, mais bon, ils n'ont quand même pas que des qualités, non plus. L'un d'eux a été fait prisonner pour servir de monnaie d'échange : flanqué de deux guides, notre universitaire se met en marche dans la jungle, croisant au passage perroquets, singes et même jaguars, histoire qu'on voie bien qu'on n'est pas au bois de Boulogne. Chemin faisant, il passe son temps à étaler son ignorance des langues et des coutumes locales, mais j'ai peut-être mal compris, il était sans doute prof de maths et pas d'ethnologie. Curieusement, les Yacoumos ne semblent pas ravis de voir des hommes blancs, et ils font bien comprendre que les derniers à être passés dans le coin se sont montrés plutôt pas sympa. Ah...
Mais la clé de l'énigme n'est pas là. Il existe une autre tribu, les Yanomamos, le "peuple de l'arbre", de vrais cannibales avec qui on ne rigole pas. Les trois hommes décident de partir à leur recherche, et les trouvent en pleine baston avec leurs ennemis jurés les Shamataris. Quelques coups de feu plus tard, Monroe est devenu pote avec le chef des Yanomamos, qui l'invite même à dîner. De belles tripes crues sont agitées sous son nez, et sous celui du spectateur par la même occasion (on se croirait dans un film en 3D), et bon appétit les amis. Mais ce n'est pas tout de s'amuser. Reprenant ses recherches, il finit par découvrir ce qui reste de Yates et sa bande : quatre squelettes fraîchement rongés, négligemment accrochés à un arbre des environs. Autant vous dire qu'ils sont tous morts. Encore un peu de diplomatie, et Monroe entre en possession des boîtes de films qui vont peut-être révéler le fin mot de l'histoire. Il n'a plus qu'à rentrer à NY, ce qu'il fait sans traîner.
Ceux qui ont vu le film remarqueront au passage que je me permets de glisser sur quelques séquences gênantes, soit par leur sadisme complaisant (un Indien qui viole et massacre "rituellement" une femme), soit par leur pseudo-érotisme bêta (Monroe tente "une expérience psychologique" : il va se baigner à poil, et aussitôt une horde de petites cannibalettes viennent le tripoter en gloussant). Voilà, on peut reprendre.
De retour dans la Grosse Pomme, Monroe cherche d'abord à se documenter sur Yates et son équipe. Il va voir leurs parents et conjoints mais ne tire pas grand chose d'eux. Une responsable de la chaîne lui montre un documentaire qu'ils avaient tourné en Afrique, intitulé The Last Road to Hell. Lui est assez mal à l'aise (et on le comprend) devant ce défilé de meurtres et d'exécutions, mais la dame ne tarit pas d'éloges devant ce "beau travail", destiné à montrer "l'abjection de toutes les révolutions" (belle idéologie !). Bon, il a compris, et nous aussi : l'équipe se spécialise dans l'exploitation voyeuriste de la violence et de la mort dans le but de faire du blé, à la plus grande satisfaction de la chaîne qui en tire un maximum d'audience. D'accord, et maintenant que les rôles sont établis, on peut visionner leur film, qu'il est quand même question de passer à la télé.
On y assiste tout d'abord aux préparatifs du petit groupe, qu'on voit rassembler son matériel. Faye a perdu sa culotte ("son pantalon" dans la VF) et nous offre un peu de nudité gratuite, justement ça manquait. Accompagnés de leur guide Felipe, les quatre zouaves se mettent en route dans la jungle. Pendant plusieurs jours, ils marchent sans rien rencontrer d'autre que des araignées, des serpents, des caïmans, des tortues d'eau et j'en passe. Pas de bol pour le guide : lui croise de beaucoup trop près un serpent qu'on suppose venimeux. Heureusement, nos amis ( ?) sont là pour lui couper sommairement la jambe à la machette avant de cautériser au fer rouge. Certains visages, celui de Marco en particulier, reflètent visiblement une délectation assez morbide. Malgré ( ?) ces soins attentifs, il meurt quand même. Une couche de feuilles en guise de tombe, et on repart.
Finalement, dans une clairière, voici un petit groupe d'Indiens qui se régalent de leur plat favori : la cervelle de singe extraite de l'animal vivant. Un coup de fusil et ils s'éparpillent tous... sauf celui qui a été blessé, et qu'il va donc suffire de suivre tranquillement pour trouver le village des Yacoumos. Pas bête ! Et voilà l'équipe qui déambule entre les huttes, à la recherche de quelque chose à filmer. Pas très vivante, l'ambiance. Qu'à cela ne tienne, quand on a des fusils, c'est facile de faire bouger un peu les choses. Par exemple, on zigouille un cochon, hop, comme ça. Et puis on parque plein d'indigènes dans une cabane, on y met le feu, et voilà, il n'y a plus qu'à filmer, c'est beau comme à Oradour. D'accord, la plupart arrivent à s'échapper, mais pourquoi ils ne prennent pas immédiatement leurs fameuses fléchettes au curare pour se débarrasser de ces emmerdeurs, voilà qui m'échappe franchement.
Décidément en terrain conquis, Alan et Faye font l'amour comme des bêtes au beau milieu des Indiens (et sans avoir remarqué que leurs deux potes faisaient tourner la caméra). Tout le monde va filmer une femme qui agonise au bord de la rivière, sans doute sous l'effet d'une allergie aux produits de maquillage vu la couche qu'on lui a collée sur la couenne, avant de fixer sur la pellicule un accouchement "difficile" puisque l'enfant (mort-né ? prématuré ? ce n'est pas bien clair) est immédiatement enterré pendant que la mère se fait trucider à grands coups de pierre sur la tête. N'empêche, ils hésitent, les petits Blancs. Que faire ? Rentrer à la maison peut-être, d'autant plus qu'ils commencent à subodorer qu'on ne les aime pas beaucoup dans les parages (mais enfin, quelle idée !) Heureusement, "l'envie de devenir célèbres" est la plus forte, et ils décident d'aller encore plus loin.
Arrivé là, Monroe commence à faire la tête. Lui, un scientifique, a quelques réticences à voir son nom associé à une bouse de ce calibre. Il insinue même que Yates a terrorisé les Yacoumos "tout comme nous avons terrorisé les populations du Vietnam". Même les monteurs refusent d'aller plus loin (tiens, ça change, d'habitude c'est les porteurs). Curieusement, les responsables de la chaîne, eux, continuent à parler de "beau travail" et de "document exceptionnel" et "criant de vérité" (aïe !). Alors notre professeur, qui lui a vu l'intégralité du film, décide de leur en montrer la fin, qui pense-t-il les fera changer d'avis.
La fin, c'est bien sûr le moment où l'équipe fait la connaissance des Yanamamos cannibales. Au début, tout se passe plutôt bien : rencontrant une Indienne isolée, les garçons la violent sauvagement dans la boue, chacun son tour, tout en filmant, même si Faye n'est pas d'accord parce que ça gâche de la pellicule. Mais peu de temps après, ils retrouvent la fille (enfin je suppose que c'est elle) empalée sur un poteau. Ravi de cette découverte, Alan se dépêche de feindre l'horreur la plus profonde et exécute son petit numéro d'émotion sous l'oeil complaisant de la caméra. Et puis les cannibales se pointent pour de bon. Jack, le caméraman à l'air scandinave, se prend un javelot dans le buffet. Capture, castration, décapitation, cuisson, dégustation : heureusement, ses amis filment toujours et on n'en perd pas une miette, si j'ose dire. Et puis c'est Faye qui ne court pas assez vite et se fait choper à son tour. Après une petite séance de viol, elle aussi se fait découper en morceaux (ce qui n'explique pas pourquoi les squelettes sont entiers quand Monroe les découvre) et miam, et les deux survivants tournent toujours ("Pense au film !" crie Marco à Alan qui veut aller secourir sa copine). Evidemment, à force de traîner dans le coin à peine dissimulés derrière un buisson, leur tour finit par arriver, et fin de la bobine.
La lumière revient dans la salle de projection ; Monroe s'en va tout seul en allumant sa pipe et bougonne des interrogations philosophiques, et le film s'achève.
Pour le spectateur d'aujourd'hui, Cannibal Holocaust donne une curieuse sensation de déjà vu. La forêt omniprésente, les personnages énervants et leurs prises de bec, la caméra tenue à l'épaule, secouée dans tous les sens, la photographie résolument imparfaite... Tout cela fait fortement penser à un certain Projet Blair Witch, et Deodato se débrouille d'ailleurs assez bien pour ne jamais introduire d'incohérences dans ce pseudo cinéma-vérité : ainsi, jamais on ne tombe sur une image qui n'aurait pas pu être prise par un des deux cameramen au moment correspondant.
Mais l'essentiel est ailleurs. On l'aura compris : Cannibal Holocaust est une attaque féroce contre le voyeurisme des médias, qui perdent tout sens de la dignité humaine à force de rechercher l'image-choc. Le réalisateur ne cache pas ses antipathies, et quand l'équipe tombe sous la dent des cannibales, on a envie de crier à ceux-ci : "Bon appétit !" Bref, ce qu'on nous présente, c'est un puissant et cruel réquisitoire contre l'exploitation de la violence à des fins de spectacle.
Et c'est là que le spectateur se gratte la tête et se demande : mais... au fait, et le film lui-même, il fait quoi ? Qu'est-ce que c'est que ces images complaisantes de viols, d'animaux tués pour de vrai ? Qu'est-ce que c'est que ce racisme latent, ces Indiens hirsutes, dépenaillés et qui mangent salement, qu'on traite de sauvages et qu'on peut abattre en toute bonne conscience ? Ces hommes-bêtes ressemblent assez peu aux vrais Indiens d'Amazonie tels qu'on peut les rencontrer dans les bouquins de Lévi-Strauss ou autres spécialistes, et qui seraient plutôt du genre cool. La pratique du cannibalisme elle-même est beaucoup plus spectaculaire que dans la réalité : on mange les entrailles et on les mange crues, sans cérémonie, dans une agitation hystérique. Bref, nos pauvres Indiens ne sont pas montrés sous un jour très sympathique.
Alors, que tirer d'un truc aussi confus ? Décidément, il est difficile de répondre. Mon avis (purement personnel) est que si le spectateur averti sait faire un judicieux usage de la touche avance rapide pour les passages les plus nauséeux, il appréciera la force de la démonstration qui se cache derrière. Mais de toute évidence, c'est un film qui ne serait pas à mettre entre toutes les pupilles.
Réplique mémorable : "Faut-il montrer aux hommes l'enfer pour qu'ils croient un peu à leur bonheur ?" (le Pr Monroe s'en allant tout seul).
Commentaire que j'ai bien aimé après la critique : "Les vrais cannibales ce sont ceux qui bouffe ces images en se cherchant des excuses pour justifier d'avoir aimé."
16:19 Publié dans Tout ça, c'est du cinéma ! | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
14 juillet 2006
La croix huguenote
Ses origines restent mystérieuses. Il semble qu'elle ait été imaginée par l'orfèvre nîmois Maystre, trois ans après la Révocation de l'Edit de Nantes. Son succès fut immédiat, d'autant plus qu'elle échappait aux persécutions car elle dérivait d'une décoration à la fois officielle et catholique (la croix de l'ordre du Saint-Esprit). D'autre part, elle permettait d'avoir sur soi une croix différente de la croix catholique abhorrée. Elle est par excellence le bijou protestant.
La croix huguenote, appelée ainsi depuis la fin du XIXe siècle, est composée d'une croix de Malte, les branches sont reliées entre elles par un motif circulaire qui, d'une part, rappelle la couronne d'épines du Christ crucifié et qui, d'autre part, forme entre chaque branche un coeur, à la fois symbole de l'amour de Jésus pour nous et rappel de son commandement aimez-vous les uns les autres (Jean XIII,34). Les pointes aux extrémités de chaque branche sont arrondies en forme de boules et au nombre de huit comme les béatitudes. En bas, la colombe en pendentif représente évidemment le Saint-Esprit qui descend du ciel sur nous.
[Source : http://huguenotsweb.free.fr/croix.htm]
On trouve la croix huguenote dans toutes les bonnes bijouteries, et aussi dans les cartons de déménagement.
Avis aux concernés.
16:50 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note







