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18 avril 2006

Der Steppenwolf

"Celui qui a subi les mauvais jours, avec les crises de goutte ou ces affreuses migraines qui s'agrippent derrière les prunelles et changent diaboliquement de joie en torture toute activité de l'œil et de l'oreille ; celui qui a vécu des jours infernaux, de mort dans l'âme, de désespoir et de vide intérieur, où, sur la terre ravagée et sucée par des compagnies financières, la soi-disant civilisation, avec son scintillement vulgaire et truqué, nous ricane à chaque pas au visage comme un vomitif, concentré et parvenu au sommet de l'abomination dans notre propre moi pourri, celui-là est fort satisfait des jours normaux, des jours couci-couça comme cet aujourd'hui ; avec gratitude, il se chauffe au coin du feu ; avec gratitude, il constate en lisant le journal qu'aujourd'hui encore aucune guerre n'a éclaté, aucune nouvelle dictature n'a été proclamée, aucune saleté particulièrement abjecte découverte dans la politique ou les affaires ; avec gratitude, il accorde sa lyre rouillée pour le psaume de louanges modéré, médiocrement gai, presque content, avec lequel il ennuiera son dieu des couci-couça, doux, tranquille, un peu engourdi de bromure ; et, dans l'air épais et fadasse de cet ennui satisfait, de cette absence de douleur dont il convient d'être grandement reconnaissant, tous les deux, le dieu couci-couça, qui branle de son chef morne, et l'homme couci-couça, un peu grisonnant, qui chante un psaume assourdi, se ressemblent comme des jumeaux."

Hermann Hesse, Der Steppenwolf

14 avril 2006

Ruines et désolation (#2)

Retour au cinéma après bien des semaines sans salles obscures,
tout juste sous perf' grâce à la magie du DivX et à MTV...

 

Enfermés dehors

Dupontel. Mon maître à penser après Desproges. Avis aux intéressés : pour devenir mon maître à penser, il suffit d'avoir D comme initiale. Dupontel est dingue, Dupontel est triste, Dupontel est marrant, Dupontel est fou, Dupontel est sensible, Dupontel est un sacré acteur-réalisateur. Prenez Bernie et les Deschiens, rajoutez Bobigny et les incapables de Taxi 3, vous n'obtiendrez qu'un fade ersatz d'Enfermés dehors. La Haine en couleurs, Michael Moore sans cholestérol, Kusturica moins les poules. Un chouette spectacle.

 

Romanzo Criminale

Je fais court pour ne rien enlever à la beauté du film. Le thème, l'histoire, les personnages, la caméra, la bande-son et les acteurs sont parfaits. Mamma mia, du sacré boulot !

Ruines et désolation (#1)

Après une longue absence à peine remarquée, retour de la critique la plus impitoyable de la planète. Le monde étant proche du rose-bonbon, Amélie aime à se dépayser en lisant ou visionnant des petites choses traitant de trucs moins cools.

Première partie : évoquons les supports écrits. L'attentat (par Yasmina Khadra), La rage au coeur (Ingrid Betancourt), Tanguy (Michel del Castillo) et Les cendres d'Angela (Frank McCourt). A savoir la Palestine qui pisse le sang, la Colombie de la corruption, les camps de concentrations de France et de Navarre (allemande) et la misère de Limerick.

 

L'attentat est un livre au sujet relativement original (je n'en dis pas plus), mais certainement bien plus "choquant" ailleurs, dans d'autres contrées que les nôtres. De son vrai nom, Yasmina Khadra s'appelle Mohammed Moulessehoul. Joli symbole, de la part de ce type qui semble avoir de l'humanisme à revendre. Et puis bon, j'aimerais maîtriser l'Arabe comme l'auteur se débrouille du Français… Ca serait un bon début pour réaliser le rêve qui me tient à cœur depuis toujours : devenir muezzin à Marignane.

 

La rage au cœur se lit vite. Mais ne s'oublie pas si facilement. Ingrid Betancourt a incontestablement une jolie plume. Et beaucoup de charme, ça se sent même à travers des pages imprimées. Elle me fait d'ailleurs penser à une Ségolène sud-américaine. Evidemment, ça fait fashion victim de lire ce genre de bouquin, mais avec un tant soit peu de recul (surtout, ne pas se laisser berner par le gauchisme insidieux de la dame), c'est vraiment la bonne solution pour comprendre pourquoi la Colombie en est arrivée à ce qu'elle est aujourd'hui. A savoir un pays à feu et à cendres.
Plus que la colère,
Plus que le mépris,
Plus que le sanglot…,

nous dit Pablo Neruda.


 

Tanguy n'est pas vraiment un chef d'œuvre dans sa forme. Le style n'est pas formidable. Lire une édition de 1970 (vous savez, celles qui ont des pages à tranche colorée, et qui puent le vieux) n'aide pas. Mais la question du fond est une autre chose. Je n'aime pas les enfants et j'apprécie les Allemands, et pourtant, ça m'a beaucoup touché. Del Castillo écrit avec des mots d'enfant toute l'horreur de la guerre et de la connerie humaine. L'histoire d'un môme qui a connu avant l'âge de 12 ans l'exil, l'internement, la déportation, les travaux forcés et la maison de redressement. Ca fait froid dans le dos. Parce que c'est pas si loin, dans tous les sens du terme.


 

Ces Cendres-ci sont glaciales. Si l'espace-temps pouvait se contracter, Tanguy et Frank auraient certainement été potes.
Protestants et irlandophobes (et Protestants irlandophobes), passez votre paragraphe. Oui, je kiffe l'Irlande, ses taudis, ses famines, ses cathos. On dirait que ce bouquin a été écrit pour moi. Imagine all the people… euh, pardon… Imaginez le Darfour, mais sans soleil : vous y êtes. Limerick. République d'Irlande. Années 1930-40. Ce résumé suffit.

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